Il était une fois une petite équipe de développement logiciel qui céda à la tentation de faire « un peu de prédictif ». Cela ne portera pas à conséquence. Et d’ailleurs, nous n’avons pas le choix : le client nous le demande.
Lundi matin, story points et planning poker. Et annonce faite au client.

Photo : Nicolas Éliard
Mais deux semaines plus tard, ce qui avait été annoncé n’était pas réalisé. Point d’inquiétude, cher client, il faut nous roder. Plus nous allons estimer, plus les estimations seront justes. Si, si. En tout cas, c’est ce qui se dit dans le milieu.
Et c’est reparti, pour les story points, le planning poker et l’annonce. Qui se révélera une nouvelle fois inexacte. La petite pratique sans conséquence commence à faire naître un peu de défiance chez le client.
Et nous continuons : story points, le planning poker et l’annonce. De nouveau inexacte. Cette fois‑ci le ton monte. Les reproches envers les développeurs se font plus directs. En retour, ils demandent au client de fournir des spécifications plus complètes pour améliorer la fiabilité des estimations.
Défiance, tension, « spécifications complètes », la petite pratique « sans conséquence » commence insidieusement son œuvre.
Et c’est reparti : story points, le planning poker et annonce inexacte.
Cette fois‑ci, les reproches fusent. « Comment pouvons‑nous annoncer à nos utilisateurs quand ils auront leurs fonctionnalités puisque toutes vos annonces sont fausses ? » demande le client. « Mais vous changez constamment d’avis, comment voulez‑vous que nous puissions faire des estimations ? » C’est de votre faute, réplique l’équipe.
Entre‑temps, pour tenter de « respecter les engagements », le travail est bâclé avec la plus grande constance.
Défiance, tensions, reproches mutuels, qualité médiocre, explosion de la dette technique, interdiction de changer d’avis (donc lutte implacable contre la réflexion), sentiment d’absurdité chez les acteurs ayant compris que cela ne sert à rien, utilisateurs passant au second plan, formalisme croissant… La petite pratique « sans conséquence » amène son lot de conséquences.
Sans compter une des plus délétères : notre équipe n’a développé aucune compétence nécessaire pour mettre en œuvre une approche adaptative.
